Nuit Blanche – La Féline dans «Words & Music» pour le projet RADIO à la Fondation Louis Vuitton – samedi 2 octobre à 9h

À l’occasion de la 15ème Nuit Blanche, ce week-end, l’artiste Anne-James Chaton propose 24heures de création poétique dans le projet RADIO à la Fondation Louis Vuitton. J’y suis l’invitée de David Sanson dans l’émission «Words & Music » qui sera diffusée sur place entre 9h et 10h le dimanche matin. Au programme, échanges éclairés et obscurs avec David, une playlist conçue par mes soins, et des inédits à entendre.

Web radio et informations ici 

À la question de savoir quels rapports existaient pour moi entre poésie et chanson, on peut lire ci-dessous ce que j’avais répondu par écrit à Anne-James.

Quels rapports la poésie entretient-elle avec les musiques « actuelles »? Quelle est sa place dans ces constructions sonores ? Où s’opère la jonction entre le rythme et le vers, entre les lyrics et le lyrisme.

Je crois que la poésie est déjà une forme très rythmique en soi, les paroles des chansons, de ce point de vue, sont juste des vers qui ont la chance de résonner, d’être entendus dans un rythme. Même la mélodie, dans la mesure où les voyelles produisent des effets de hauteurs, est une dimension qui n’est pas étrangère à l’écriture purement poétique. En tous cas, j’ai l’impression que les poètes seraient fâchés qu’on considère leur art comme absent de rythme. 

En même temps, il me semble qu’un poème et une chanson sont deux choses bien différentes. Bien sûr, en un sens vague, dès lors qu’il y a des images qui suggèrent une sorte de délicatesse, on dit que les chansons sont poétiques. En fait, elles le sont aussi avec des paroles pleines de gros mots, dès lors que quelque chose se passe avec la langue qui n’est pas tout à fait habituel, et qui nous charme justement parce que c’est un peu étrange, émouvant, singulier. 

Mais on ne peut pas tout à fait écrire des chansons comme on écrit des poèmes. Comme auteur, il me semble qu’en un sens, la chanson exige un rapport à celui qui chante, rapport dont la poésie, surtout celle du XXe siècle, s’est libérée. On peut, depuis longtemps, ne pas faire rimer les vers, mais la chanson, elle, semble davantage avoir besoin de rimes (je pense que, si cela se fait encore, ce sont les auteurs de chanson qui utilisent les dictionnaires de rimes aujourd’hui, pas les poètes). On peut ne pas parler de soi, ne pas raconter une histoire, ne pas parler d’un sentiment, mais la chanson a quand même plus de difficulté à émerger en parlant simplement d’un pichet posé sur la table ou de la lumière du soleil sur un seuil. Etrangement, dans la mesure où la chanson est faite pour être chantée, incarnée, il y a toujours cette évidence du langage « conversationnel » comme disent les américains : où un « toi », un « moi », un « nous » se rencontrent, se confient, partagent des sensations, des idées, qu’elles soient affectives ou politiques. 

La poésie, et notamment moderne — il est plus aisé de mettre en chanson un texte de Ronsard, de Clément Marot ou de Verlaine qu’un texte de Bonnefoy —, s’est largement émancipée de cette contrainte. La distinction que je ferais, profondément, sachant que la langue et les images circulent bien sûr, de l’une à l’autre, et qu’il n’y a pas de frontière absolue du point de vue de la matière — est dans la manière : la poésie peut aller vers la construction formelle, comme vers la description, jusqu’a l’ontologie descriptive même — ce n’est pas pour rien que la phénoménologie a énormément marqué la poésie des années 50 —, tandis que la chanson, elle, a une sorte de lien indestructible avec l’expression. Elle a une affinité particulière avec l’incarnation humaine, elle a besoin d’exprimer des individus, de raconter des histoires. ça n’empêche pas d’avoir des éléments de description ou de formalisme constructif dans une chanson, mais ce n’est pas cela qui fera de la chanson une chanson. Pour qu’elle tienne sur ses pattes, qu’elle ait droit au chant, il faut ce rapport à l’expression (le « lyrisme » comme vous le dites, c’est tout à fait ça). C’est peut-être pour cela qu’elle garde ce trait « populaire », contrairement à la poésie.

Et ce lien à l’expression est tellement fort que c’est aussi ce qui rend la perfection du langage poétique, dans la chanson, en un sens, moins essentielle. Alors, certes, à lire, une chanson peut paraître moins profonde qu’une poésie. Mais si elle voulait être une poésie autonome, peut-être qu’elle ne pourrait pas vraiment être communiquée dans l’immédiateté le chant. Elle semblerait prétentieuse, et surtout, elle peinerait à produire une émotion musicale. J’aime beaucoup un poème de Francis Ponge qui s’intitule « la Mousse »: « Les patrouilles de la végétation s’arrêtèrent jadis sur la stupéfaction des rocs. Mille bâtonnets du velours de soie s’assirent alors en tailleurs. » Je trouve cette phrase admirable, et elle pourrait fort bien être dans le texte d’une chanson (bien que probablement on ne l’y comprenne pas tout de suite). Mais si vous lisez la suite du poème, vous sentez qu’il relève d’un rythme presque spatialisé, qui suscite des va-et-vient, des pensées, une mélodie irait presque contre ça. La chanson s’embourgeoiserait de la complexité du poème, mais je ne suis pas sûre qu’elle servirait vraiment ce texte là. Tandis que lorsque Gainsbourg chante Verlaine, l’appropriation semble avoir un bénéfice plus troublant. On peut difficilement relire le poème sans penser à la chanson. Mais Verlaine le savait en l’écrivant, c’était déjà une chanson. 

Une reprise de « Pour la peau » de Dominique A

**FIERTÉ** ma reprise de « Pour la peau » est présentée sur le site de Dominique A, avec en prime, une courte interview.

Je l’ai enregistrée au Performing Art Forum, à Saint Erme. Un grand merci à Guillaume de la Villéon pour l’enregistrement et le mixage.

http://www.commentcertainsvivent.com/interviews/la-feline-dans-la-peau

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Photo Alexandre Guirkinger

 

 

Un documentaire

Boris Barthes et Stéphanie Rouget m’ont suivie depuis un an un peu partout, à Laval, à Bretigny sur Orge, à France culture, à Saint-Erme, à des concerts, à des enregistrements, à des rendez-vous, j’en passe, et même à la BNF. Ils ont aussi suivi Marie-Flore, Le Prince Miiaou, Cléa Vincent et Robi. Tranches de vies de filles qui mènent leur projet dans le milieu pop indépendant. Ça donne un premier documentaire choral diffusé pour la première fois dans le cadre du Festival Les Femmes S’en Mêlent #19 le 12 Mars à 19h30, au Pan Piper Paris.

Le blog Addict culture a consacré un long papier au sujet, avec une interview de Marie-Flore et moi.

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Photo Boris Barthes

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La Féline donne Top félin

Un top que j’avais concocté pour le magazine en ligne Rue Serge Gainsbourg.
Je l’aimais bien, le revoilà.
« Outdoor Miner » de Wire sur l’album Chairs Missing (1978). Cette période de Wire, pour moi, c’est le modèle absolu de concision et d’énergie. Le texte de ce morceau est très cryptique. Pas étonnant qu’on y parle de Léopard. « No blind spots in the leopard’s eyes » chante Colin Newman : c’est la vue perçante du félin, sa puissance extra-lucide. Ça me rappelle une nouvelle de Borges où un homme veut déchiffrer l’écriture du dieu sur le pelage d’un jaguar. Le jour où il y arrive, il oublie qu’il voulait la traduire. Il comprend (l’incompréhensible) et ça lui suffit.
« Les Jours du Jaguar » de Jean-Louis Murat sur l’album Lilith (2003). J’adore cette chanson pour son bestiaire et sa grosse batterie qui crawle dans la saturation de la guitare. Ça donne le genre de folk crade et mystique à la fois dont Murat a le secret. Il y est question d’oies, de coq, de faisan multicolore et d’un bébé féroce. Les jours du jaguar sont faits de tourment et de désespoir, c’est ceux d’un jaguar déchu, « tout juste bon à garder des oies», comme un chien de ferme quoi!
« Taming the Tiger », de Joni Mitchell, sur l’album du même nom (1998), un long chant planant sur la puissance et l’impuissance avec la voix vieillie de Joni Mitchell. Elle y cite le poème magnifique de William Blake « The Tyger » (1794), « burning bright » avec sa « fearfull symetry ».
L’album des StranglersFeline (1982), c’est un peu à lui que je dois mon nom, couplé avec La Folie, si je puis dire. Il y a braucoup de grandee chansons sur ce disque, « Midnight Summer Dream», « Paradise », « Blue sister », « Never say goodbye »… Et j’adore sa production : un équilibre très subtil entre cette écriture au fond assez pop, cette guitare aux arpèges hispanisants, voire arabisants, les textures synthétiques et la voix arrogante et mâle d’Hugh Cornwell. Il fallait bien une panthère noire pour tenir avec grâce cet équilibre là.
« Ocelot rising » de Lost Sounds, groupe d’Alicja Trout et du regretté Jay Reatard sur l’album Black Wave (2001). Je ne suis pas sûre de comprendre tout ce que ça raconte, mais je vois bien l’ocelot qui monte : une super chanson.
En bonus : Ce générique par le grand Saul Bauss pour le film Walk on the Wild Side (1962) d’Edward Dmytryk, avec la musique toute en percussion et cuivres d’Elmer Bernstein. L’idée est très simple, mais géniale : chat noir, chat blanc, en noir et blanc, apparition, disparitition, tuyau de gouttière, art de l’éclipse et instantanés graphiques, familarité et danger. C’est irrésistible, non?

RueSergeGainsbourg

Non : La Souterraine n’est pas qu’une ville de la Creuse. C’est aussi un comité de salut public pour tout mélomane en quête de nouveaux frissons – français, les nouveaux frissons. De compilations en téléchargement gratuit en concerts, cette petite entreprise organise ces jours-ci son premier Festival Souterraine International, événement itinérant qui passe par Clermont-Ferrand. Ce samedi 16 janvier, au Baraka, Agnès Gayraud, alias La Féline, viendra égrener ses délicieuses ritournelles pop électrorganiques. L’occasion était trop belle pour ne pas demander à celle qui a dit Adieu À L’Enfance son Top 5 de chansons félines. 

 Wire – Outdoor Miner  (sur l’album Chairs Missing – 1978). Cette période de Wire, pour moi, c’est le modèle absolu de concision et d’énergie. Le texte de ce morceau est très cryptique. Pas étonnant qu’on y parle de Léopard. “No blind spots in the leopard’s eyes” chante Colin Newman : c’est…

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2016

Je me mets à ma table de travail avec mon meilleur profil trois quart et mes meilleures chaussettes pour vous souhaiter une année 2016 bien féline et heureuse! Et comme résolution = action, La Féline sera en janvier ON TOUR! 

– 14/01,TOULOUSE, Connexion Live, Fête Souterraine w/ Eddy Crampes et Cliché => TICKETS 

– 15/01, MONTAUBAN, Nukind Coffee House, Fête Souterraine => TICKETS Réservation : nukindcoffeehouse@gmail.com

– 16/01, CLERMONT, Le Baraka, Fête Souterraine TICKETS

– 17/01, LE CHAMBON S/ LIGNON, La Gargouille, Sérénade et lectures souterraines, TICKETS

– 19/01, VALENCE, Mistral PalaceTICKETS

– 21/01, LAVAL, 6PAR4, w/ Bertrand Belin, TICKETS

– 29/01, ISSOIRE, Salle Claude NougaroTICKETS

LA BONNE ANNÉE à tous que voilà! 

Photo Loïc H. Rechi

La Féline dans Pitchfork

[LIRE] L’excellent article d’Anthony Mansuy sur la pop en français et le travail revigorant de La Souterraine – starring Aquaserge, Barbagallo, Hallo Maud and La Féline. Une première sur le site américain!

[READ] The stunning paper written by Anthony Mansuy about the new wave of french pop songwriters and the revigorating work of the diggers of La Souterraine – Starring the bands Aquaserge, Barbagallo, Halo Maud and La Féline. A premiere on Pitchfork Media Inc.

http://pitchfork.com/features/articles/9717-unearthing-the-future-of-french-pop/  

Lentement

Pour ceux qui ne veulent pas que la rentrée arrive trop vite, voici de quoi ralentir le temps : un mixage ultra-slow de « Zone » par Lendl Barcelos. Comme le clip est fait d’un unique plan séquence, l’espace y est aussi étiré. Je parcours quelques cinq cents mètres en huit fois plus de temps qu’au départ. Dilatation de l’espace-temps, exhalaison de basses acides, voix étranges et paradoxe de Zénon d’Elée : hyyyypppppnoooooooosseeeee.

 

Du nouveau qui vient

Résidence à Saint-Erme – avec Audrey Bizouerne, on vous prépare la version live duo, girls only, la plus tendre et la plus noise ever. Au programme des excavations, comptez sur le retour du roi (« a fait battre tambour »), voire sur celui du « Blanc cavalier ». Au programme des nouveautés, wait and come to see. ✨

– 20/08 (duo) /// Terrasses de Bercy /// PARIS

– 21/08 (trio) /// Petit Bain /// + Panthérou djset /// Paris

– 12/09 (trio) /// Belles Journées /// Bourgoin-Jallieu

– 27/09 (duo) /// Des concerts temps /// Chartres

– 03/10 (trio) /// Le French Pop /// Bordeaux 

– 14/11(trio) /// Le 6 PAR 4, 1ère partie de Bertrand Belin/// Laval

Et du 06 au 18 janvier : une tournée duo en Italie!
   
 

Retour heureux des Nuits de Fourvière 

Pas de pluie dimanche dernier et comme une intimité même devant 4000 personnes, dans le théâtre antique de Fourvière.

Les compliments de Didier Varrod, et de beaux reports qui tombent :

 Le Progrès : « Le trio a entraîné Fourvière dans son monde.. »

United states of Paris : « Un petit air de Chrissie Hynde […] C’est rock, passionné, déconcertant aussi. Une révélation à suivre de près. »

Soul Kitchen : « Un set électrique et poétique rondement mené qui donne envie d’en écouter plus. »

Photo Marguerite Martin
Photo Thomas Saminada
Photo Laura Le Baron